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	<title>Poème - Saint-Pétersbourg Voyage</title>
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	<description>Séjours, Excursions, Services de guide</description>
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		<title>« Le Cavalier de Bronze » d&#8217;Alexandre Pouchkine</title>
		<link>https://saint-petersbourg.voyage/le-cavalier-de-bronze-dalexandre-pouchkine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Bonnard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Aug 2015 02:58:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ode d&#8217;Alexandre Pouchkine à Pierre le Grand, fondateur de la ville de Saint-Pétersbourg, Ce célèbre poème en l&#8217;honneur du premier tsar de la Russie démontre la toute puissance et le symbole de l&#8217;ancienne capitale des tsars. Description de l&#8217;ensemble architectural de la ville et de ses habitants après un centenaire d’existence. &#160; Préambule         Il &#8230; <a href="https://saint-petersbourg.voyage/le-cavalier-de-bronze-dalexandre-pouchkine/" class="more-link">Continuer la lecture de <span class="screen-reader-text">« Le Cavalier de Bronze » d&#8217;Alexandre Pouchkine</span>  <span class="meta-nav">&#8594;</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ode d&rsquo;Alexandre Pouchkine à Pierre le Grand, fondateur de la ville de Saint-Pétersbourg, Ce célèbre poème en l&rsquo;honneur du premier tsar de la Russie démontre la toute puissance et le symbole de l&rsquo;ancienne capitale des tsars. Description de l&rsquo;ensemble architectural de la ville et de ses habitants après un centenaire d’existence.</p>
<p><span id="more-1153"></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2>Préambule</h2>
<div id="pageContainer3" class="page" data-loaded="true" data-page-number="3">
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="717.3062744646945">        Il était là, debout sur le rivage d’une mer déserte et, plein de ses grandes pensées, il regardait au loin.</div>
<div data-canvas-width="690.6189874985965">À ses pieds, le fleuve roulait ses larges eaux que seule remontait péniblement une embarcation.</div>
<div data-canvas-width="267.43976247329186">Çà et là des chaumières, asiles du Finnois indigent, se dressaient noirâtres sur ces bords envahis par la</div>
<div data-canvas-width="267.43976247329186">mousse et la vase. Et la forêt impénétrable aux rayons d’un soleil voilé de brume étendait sa rumeur alentour.</div>
<div data-canvas-width="97.62416972575116">Il se disait : « D’ici, nous menacerons le Suédois. Une ville y sera bâtie malgré nos orgueilleux voisins.</div>
<div data-canvas-width="55.19949011058064">La nature a voulu qu’ici nous percions une fenêtre sur l’Europe et que nous demeurions le pied ferme au</div>
<div data-canvas-width="78.03604521130589">bord de la mer. Jusqu’ici, portés par ces flots qu’ils ne connaissaient point, tous les pavillons viendront nous</div>
<div data-canvas-width="455.30332685298066">rendre visite. Et l’on y pourra banqueter à l’aise. »</div>
<div data-canvas-width="25.215665007800773">      Il s’écoula cent ans et la cité nouvelle, émerveillement et prodige du pays des nuits blanches, issue des forêts</div>
<div data-canvas-width="774.9345038315721">obscures, des profondeurs du marécage, s’élève dans toute sa pompe et sa magnificence. Là même où jadis</div>
<div data-canvas-width="728.630150587902">le pêcheur finnois, triste rejeton de la nature, seul près de ces bords plats jetait son antique filet au sein des</div>
<div data-canvas-width="760.1864582324828">eaux inexplorées, c’est là qu’au long des quais animés se pressent aujourd’hui les nobles masses des palais et</div>
<div data-canvas-width="91.22004893521279">des tours. Les navires de tous les coins de la terre accourent en foule à ces riches bassins. La Néva s’est revêtue</div>
<div>de granit, les ponts enjambent les canaux, de verts jardins ombragent ses îles, et devant la nouvelle capitale,</div>
<div data-canvas-width="695.1906108223807">Moscou, l’ancienne s’est effacée comme une veuve en deuil devant la jeune souveraine.</div>
<div data-canvas-width="680.9816665541836">       Je t’aime, ô création du génie de Pierre, j’aime ton profil noble et sévère, le cours majestueux de la Néva,</div>
<div data-canvas-width="761.6653653015886">le granit des quais, les grilles de fer de tes jardins, le clair-obscur de tes nuits méditatives, cette lumineuse</div>
<div data-canvas-width="762.6181836587883">absence de lune, alors que dans ma chambre j’écris sans lampe et que les maisons endormies des avenues désertes</div>
<div data-canvas-width="775.3849899562622">sont visibles, et claire l’aiguille de l’Amirauté et que, répudiant toute ombre au ciel doré, le crépuscule du matin a</div>
<div data-canvas-width="92.17489479752807">vite fait de remplacer l’autre et n’accorde qu’une demi-heure à la nuit. J’aime l’air immobile et le gel de ton cruel</div>
<div data-canvas-width="76.6233668938493">hiver, les courses en traîneau le long de cette ample Néva, les joues des jeunes filles plus roses que les roses et le</div>
</div>
</div>
<div id="pageContainer4" class="page" data-loaded="true" data-page-number="4">
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="86.02699759344587">faste, la rumeur, le caquet de tels bals et, dans les dîners de garçons, le vin mousseux qui pétille dans les verres,</div>
<div data-canvas-width="810.1841446018526">et la flamme bleue du punch. J’aime la vive allure des para des militaires sur notre Champ de Mars, la monotone</div>
<div data-canvas-width="751.9980269709299">beauté des fantassins et de la cavalerie alignés. Par dessus tout ce beau déploiement, ondoient les haillons de</div>
<div data-canvas-width="729.374941360416">leurs drapeaux victorieux, rutilent les cimiers de cuivre que la mitraille a transpercés dans les combats. J’aime, ô</div>
<div data-canvas-width="766.4245422785145">capitale guerrière, la fumée et le tonnerre jaillis de tes forts quand la Souveraine du Pays des nuits blanches vient</div>
<div data-canvas-width="791.7370955227966">de donner un fils à la maison impériale, ou que la Russie de nouveau célèbre une victoire sur ses ennemis ou</div>
<div data-canvas-width="90.38271696816555">qu’achevant de rompre ses glaces azurées, la Néva les roule à la mer et, grosse du pressentiment des jours</div>
<div data-canvas-width="366.31489230040836">printaniers, tout entière exulte.</div>
<div>       Prodigue ta splendeur, cité de Pierre et sois inébranlable autant que la Russie. Les éléments vaincus sauront</div>
</div>
</div>
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="105.24751692503327">avec toi vivre en paix. Que les flots de la Finlande oublient l’hostilité d’un temps et leur antique servage : qu’ils</div>
<div data-canvas-width="185.62689603846408">n’aillent point dans leur rage inutile troubler ce rêve éternel de Pierre !</div>
<div data-canvas-width="56.619258503878285">       Il y eut des jours affreux dont le souvenir est de fraîche date&#8230; Pour vous, mes amis, c’est à partir de là que je</div>
<div data-canvas-width="677.7174952360601">commence mon histoire. Et triste en sera le récit.</div>
<h2><img decoding="async" class="wp-image-632 aligncenter" src="http://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/08/800px-AleksandrPushkin-315x390.jpg" alt="Alexandre Pouchkine" width="158" height="196" srcset="https://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/08/800px-AleksandrPushkin-315x390.jpg 315w, https://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/08/800px-AleksandrPushkin-538x667.jpg 538w, https://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/08/800px-AleksandrPushkin.jpg 800w" sizes="(max-width: 158px) 100vw, 158px" /></h2>
<h2 data-canvas-width="240.86993078665824">Première partie</h2>
<div data-canvas-width="800.1055601951866">       Novembre soufflait son froid automnal sur Pétrograd enténébrée ; la Néva comme un fiévreux qui se débat</div>
<div data-canvas-width="138.9594094698537">dans son lit ruait, éclaboussant avec fracas le bord de ses parapets. Il était déjà nuit close. La pluie avec rage</div>
<div data-canvas-width="622.3221206138628">fouettait les vitres et le vent ululait plaintif. Un jeune homme, à cette heure-là rentrait chez lui d’une soirée.</div>
<div data-canvas-width="794.8911743018771">     Eugène — ainsi appellerons-nous notre héros, ce prénom sonne agréablement et depuis longtemps ma plume</div>
<div data-canvas-width="36.20390086676231">l’a pris pour ainsi dire en amitié, peu nous importe son nom bien qu’il ait brillé peut-être à l’époque et sous la</div>
<div data-canvas-width="71.60812003382972">plume de Karamzine fait du bruit dans les annales de famille ; mais de nos jours il est oublié du monde et de la</div>
<div data-canvas-width="127.4476842035784">rumeur publique. Notre héros vit à Kolomna, remplissant je ne sais trop quelles fonctions, évite les notabilités,</div>
<div data-canvas-width="12.815799289536223">ne regrette ni sa chère défunte ni le bon vieux temps.</div>
<div data-canvas-width="747.6506009685016">      Or donc Eugène rentré chez lui, secoua son manteau, se dévêtit, se coucha. Mais de longtemps il ne put</div>
<div data-canvas-width="155.96682472195073">dormir, hanté par maintes réflexions. À quoi pensait Eugène ? Il se disait qu’il était pauvre, qu’il devait par le</div>
<div data-canvas-width="52.619379118361515">travail acquérir son indépendance et parvenir aux honneurs ; que Dieu aurait pu lui accorder plus de génie et</div>
</div>
<div id="pageContainer6" class="page" data-loaded="true" data-page-number="6">
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="70.8193264846365">plus d’argent ; qu’il ne manque pas de désœuvrés à qui sourit la fortune, de sots et de paresseux menant une vie</div>
<div data-canvas-width="111.151027096921">tellement plus facile ! qu’en tout il comptait seulement deux années de carrière ; que le fleuve continuait de</div>
<div data-canvas-width="60.23152431799952">grossir, que presque tous les ponts de la Néva étaient emportés et qu’il serait deux ou trois jours séparé de Prascovie&#8230;</div>
<div data-canvas-width="692.5955942624286">       Ainsi songeait-il, et la mélancolie de cette nuit l’obsédait. Il eût voulu que le vent ne hurlât pas si lugubre et</div>
<div data-canvas-width="716.0925709489887">que la pluie aux carreaux ne cinglât pas si fort. À la fin ses yeux, pris de sommeil, se fermèrent. Et voici que les</div>
<div data-canvas-width="542.9062963943827">ténèbres de cette pluvieuse nuit se dissipent et qu’un jour blême va se lever. Jour effroyable !</div>
<div data-canvas-width="736.6709528034427">      Toute la nuit, à contre-vent, la Néva s’était ruée vers la mer, impuissante à surmonter l’aveugle fureur de la</div>
<div data-canvas-width="726.0969810487459">tempête&#8230; Sur ses bords, dans la matinée, le peuple accourut se pressant pour mieux voir les eaux rageuses</div>
<div data-canvas-width="795.0217294565095">rejaillir en énormes paquets d’écume. C’est alors que, harcelé par le vent qui soufflait du golfe et rebroussant</div>
<div data-canvas-width="766.6970872087152">chemin, le fleuve à l’étroit entre ses quais, submergea les îles et, dans une saute plus forte, la Néva gonflant ses</div>
<div data-canvas-width="734.601079295505">eaux comme une chaudière qui bout, se dressa d’un bond de fauve et sur la ville s’abattit&#8230; Et tout fut balayé</div>
<div data-canvas-width="700.7760146699944">alentour. Les eaux envahirent d’un seul coup les galetas souterrains, les canaux dégorgèrent entre les grilles</div>
<div data-canvas-width="147.42756292703734">du garde-fou. Et la cité de Pierre, tel un triton, resta plongée sous l’eau jusqu’à la ceinture.</div>
<div data-canvas-width="751.5625649544287">       Quel assaut ! Les vagues irritées, comme des voleurs, escaladent les fenêtres. Les barques en dérive</div>
<div data-canvas-width="746.200067421396">enfoncent les vitres de leur proue ; les jardinets engloutis se diluent, des pans de cabanes, des poutres, des</div>
<div data-canvas-width="767.8779424270565">toitures, tous les produits naguère accumulés en prévision de la disette, les ponts emportés par l’orage, les</div>
<div data-canvas-width="426.12652124831806">cercueils du cimetière bouleversé flottent par les rues.</div>
</div>
</div>
<div id="pageContainer7" class="page" data-loaded="true" data-page-number="7">
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="674.2796975933707">       La foule, regardant passer la colère divine, attend son châtiment. Hélas ! tout est perdu : le gîte et la p</div>
<div data-canvas-width="266.0478414335168">âture. Où les retrouvera-t-on ?</div>
<div data-canvas-width="726.0193146318692">      En cette année terrible notre défunt tzar poursuivait encore son règne glorieux. Il vint sur le balcon du</div>
<div data-canvas-width="719.5008119950705">palais et murmura, triste et troublé : « Contre les éléments de Dieu, les empereurs ne peuvent rien. » Il s’assit,</div>
<div data-canvas-width="766.2376820830336">observant d’un regard préoccupé la sinistre dévastation. D’immenses lacs s’étaient formés où se déversaient</div>
<div data-canvas-width="48.61918908822025">les rues comme autant de larges rivières. Le palais ressemblait à quelque île déserte. Le tzar donnait ses ordres :</div>
<div data-canvas-width="768.8866109905299">d’un bout à l’autre des avenues proches et lointaines, s’ouvrant un chemin périlleux à travers les eaux déferlantes,</div>
<div data-canvas-width="116.22404028463004">ses généraux allaient porter secours aux habitants fous de terreur, courant le risque d’être noyés dans leurs maisons.</div>
<div>       Alors, sur la Place de Pierre, où s’élevait dans l’angle une maison neuve dont le perron était gardé par deux</div>
<div data-canvas-width="54.21137099845466">lions levant une patte, qu’on eût jurés vivants, grimpé sur un de ces fauves de marbre, immobile, tête nue et les</div>
<div data-canvas-width="96.42360244330722">bras croisés, Eugène était assis, le visage couvert d’une pâleur mortelle. Il avait peur, mais non pour lui, le</div>
<div data-canvas-width="745.3495391630815">malheureux. Insensible à la ruée du flot avide qui déjà lui léchait les pieds, à la pluie qui lui cinglait le visage, au vent,</div>
<div data-canvas-width="725.211896932354">qui, déchaîné, dans un hurlement lui avait tout à coup arraché son chapeau, les yeux perdus au loin, désespérément</div>
<div data-canvas-width="703.9100328803052">il regardait un point fixe. Pareilles à des montagnes issues de l’abîme en tourmente, les vagues, là-bas, déferlaient</div>
<div data-canvas-width="795.3154030813613">avec rage, la tempête hurlait, charriant des épaves&#8230; Mon Dieu, mon Dieu, là-bas hélas ! à côté du ressac, presqu’au</div>
<div data-canvas-width="794.9093181417076">bord même du golfe, une clôture en bois blanc avec un saule et une vieille maisonnette&#8230; C’était là que vivaient une</div>
<div data-canvas-width="697.7076187830355">veuve et sa fille, Prascovie, le rêve d’Eugène&#8230; Dort-il en ce moment ou toute notre vie n’est-elle qu’un vain songe,</div>
<div data-canvas-width="727.4514029742697">une dérision du sort, ici-bas ? Et lui, comme enchaîné là, comme rivé à ce marbre, ne pourra-t-il descendre ?</div>
<div data-canvas-width="785.5568858367617">Autour de lui, cette nappe d’eau — et rien de plus. Et lui tournant le dos, à une hauteur inaccessible au-dessus de</div>
<div data-canvas-width="667.33483507258">la Néva soulevée, se dresse, tendant le bras, l’idole sur son cheval de bronze.</div>
<div data-canvas-width="667.33483507258"></div>
</div>
</div>
<div id="pageContainer8" class="page" data-loaded="true" data-page-number="8">
<div class="textLayer">
<h2 data-canvas-width="224.4441197081227">Seconde partie</h2>
<div data-canvas-width="118.55448340620758">         Or voici que rassasiée de destruction et lasse de sa violence effrénée, la Néva revient à elle émerveillée de sa</div>
<div data-canvas-width="55.831453341481286">révolte et cède peu à peu sa proie, tel un brigand avec sa bande féroce entre dans un village, dépouille, assassine,</div>
<div data-canvas-width="695.7384544785134">saccage et pille. Cris et grincements de dents, voies de fait, injures, alarmes, hurlements et, saouls de déprédations,</div>
<div data-canvas-width="104.61571310554316">craignant d’être poursuivis, harassés, les bandits retournent en hâte chez eux laissant tomber leur butin en chemin.</div>
<div data-canvas-width="694.2530204074085">        L’eau se retira, le pavé reparut. Notre Eugène, le cœur étreint par l’angoisse, plein d’espoir, de crainte et de</div>
<div data-canvas-width="754.9882899500042">tristesse, court vers le fleuve qui vient à peine de se calmer. Mais ivres encore de leur triomphe, les ondes</div>
<div data-canvas-width="794.920618152865">bouillonnaient furieusement comme si le feu couvait sous elles ; une écume les couvrait encore tel un cheval</div>
<div data-canvas-width="731.2406208416871">revenant de la bataille. Eugène regarde ; ses yeux découvrent une barque ; il y court, hèle le batelier — et le batelier</div>
<div data-canvas-width="327.66562084323647">qui chômait le conduit volontiers pour quelques liards à travers les terribles vagues.</div>
</div>
</div>
<div id="pageContainer9" class="page" data-loaded="true" data-page-number="9">
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="739.6047588341704">       Longtemps, guidée par le rameur, l’embarcation lutte contre les flots orageux et, plus d’une fois, risque de</div>
<div data-canvas-width="729.5520149183471">sombrer dans l’abîme qu’ils entrouvrent. À la fin, elle atteint le rivage.</div>
<div data-canvas-width="714.097751174473">      L’infortuné, par une rue bien connue se dirige en courant vers un lieu non moins familier. Spectacle horrible : il</div>
<div data-canvas-width="763.0455080959745">n’en peut croire ses yeux. Tout est devant lui bouleversé, démoli, balayé. Des maisons informes s’affaissent, d’autres</div>
<div data-canvas-width="748.6105637648525">sont rasées complètement ou bien emportées par les vagues : alentour, comme sur un champ de bataille, gisent des</div>
<div data-canvas-width="696.9271039721685">cadavres. Eugène perdant la tête, pris d’une angoisse mortelle s’élance vers le lieu où son destin l’attend et doit</div>
<div data-canvas-width="420.26640076876134">comme sceller sa vie à tout jamais. Déjà il gagne le faubourg, voici le golfe, la maison est toute proche&#8230;</div>
<div data-canvas-width="420.26640076876134">Mais qu’est-ce que cela ?</div>
<div data-canvas-width="659.2115734027685">       Il s’arrête, retourne en arrière et revient. Il regarde&#8230;va&#8230; cherche encore des yeux. Voici l’endroit où s’élevait la</div>
<div data-canvas-width="729.4168784781892">maison. Voici le saule. Et la porte, elle était ici ; les vagues sans doute l’ont emportée. Où donc est la demeure ?</div>
<div data-canvas-width="510.89499488327067">Et saisi d’un trouble grandissant, il tourne et tourne en rond, se parle tout haut à lui-même et soudain, frappant de</div>
<div data-canvas-width="510.89499488327067">sa main son front, il éclate de rire.</div>
<div data-canvas-width="713.118814107521">      L’obscurité nocturne descendit sur la ville toute tremblante, mais de longtemps la population ne put s’endormir :</div>
<div data-canvas-width="709.6231341002157">on causait entre soi de la journée qui venait de s’écouler.</div>
<div data-canvas-width="699.0225541523416">     Le matin, hors de la traînée pâle des nuages, un rayon vint briller sur la paisible capitale où déjà il ne trouvait plus</div>
<div data-canvas-width="800.519874403423">trace du désastre de la veille. Une splendeur pourpre avait couvert ce deuil. La vie reprenait son cours ; par les rues</div>
<div data-canvas-width="793.9032639173562">déblayées, la population déambulait avec son in différence coutumière. Une armée de fonctionnaires abandonnant</div>
<div data-canvas-width="268.27560233671846">leur gîte d’une nuit se rendaient aux bureaux. Sans perdre un instant, le mercanti rouvrait boutique dans les</div>
<div data-canvas-width="770.5978316969956">sous-sols dévastés par la Néva, prêt à s’indemniser largement sur le prochain. On tirait les canots hors des cours.</div>
<div data-canvas-width="761.2404071070819">     Le comte Khvostov, poète chéri des Muses, déjà célébrait en vers immortels le malheur des riverains de la Néva.</div>
<div data-canvas-width="686.7609211728409">     Mais lui, mon pauvre Eugène, hélas ! Son esprit désemparé n’avait pu résister à la terrible secousse. La grondante</div>
<div data-canvas-width="737.6645874515675">rumeur de la Néva et du vent retentissait à ses oreilles. En proie à de funestes pensées, il s’était éloigné sans mot dire.</div>
<div data-canvas-width="709.0355164960229">Une semaine, un mois s’écoula sans qu’il eût regagné son logis. Dès que le terme échut, sa chambre vide fut louée par</div>
<div data-canvas-width="84.00372261510546">le logeur à quelque barbouilleur de vers. Eugène ne vint pas réclamer ses objets. Il était bientôt devenu étranger au</div>
<div data-canvas-width="741.3354702393159">monde réel. Tout le jour il errait à pied et couchait sur le bas-port ; il se nourrissait de ce qu’on lui tendait par les</div>
<div data-canvas-width="684.8164099985119">soupiraux. Les vieilles hardes sur son corps tombaient en haillons pourrissants. Les gamins des rues lui jetaient des</div>
<div data-canvas-width="91.6149818990814">pierres au passage. Plus d’une fois le fouet d’un cocher l’avait cinglé à toute volée parce qu’il ne tenait jamais sa droite ;</div>
<div data-canvas-width="91.6149818990814">il semblait du reste n’y prêter aucune attention. Le tumulte intérieur de ses pensées le rendait sourd. Et c’est ainsi que,</div>
<div data-canvas-width="128.63110839040996">ni homme ni bête, ni vivant ni mort, il achevait de traîner sa misérable existence.</div>
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<div data-canvas-width="743.0186886404689">       Une nuit, il dormait au bord de la Néva. Les jours d’été penchaient vers l’automne. Un vent lugubre soufflait.</div>
<div data-canvas-width="741.6977291047453">De noirs paquets d’eau s’abattaient sur le bas-port dans un éclaboussement d’écume, au long des marches glissantes&#8230;</div>
<div data-canvas-width="739.6140952369631">Le pauvre hère ouvrit les yeux. Tout était sombre : la pluie tombait goutte à goutte parmi les râles étouffés du vent</div>
<div data-canvas-width="714.2993384727473">auxquels, par instants, répondaient les appels lointains d’un veilleur de nuit. Eugène d’un saut fut debout : il se rappelait</div>
<div data-canvas-width="661.2636999303819">trop bien les angoisses récentes ; il reprit son vagabondage et soudain s’arrêta. Longtemps il promena son regard</div>
<div data-canvas-width="679.3046353092365">alentour avec une expression d’effroi sur son visage. Il se trouvait alors sous le péristyle d’une grande maison. Des lions,</div>
<div data-canvas-width="237.6232015388174">la patte levée, qui paraissaient vivants, montaient la garde sur le perron. Et, juste en face, là-haut dans le noir, le géant</div>
<div data-canvas-width="237.6232015388174">trônait sur son cheval de bronze.</div>
<div data-canvas-width="704.4614252462025">      Eugène eut un frisson. Les idées se précisaient en lui sous un jour terrible. Il revoyait la scène où le déluge avait eu</div>
<div data-canvas-width="742.8219466132299">lieu, où les ondes ameutées se pressaient comme pour l’engloutir, les lions et la place et celui dont le chef d’airain</div>
<div data-canvas-width="732.7416880529494">s’érigeait immobile dans les ténèbres et dont la volonté fatale avait créé cette ville sur la mer. Terrible est son aspect à</div>
<div data-canvas-width="745.7720620241682">travers l’ombre qui l’environne. Sous l’ample front quelle pensée, et quelle force ramassée en ses membres, et dans son</div>
<div data-canvas-width="810.2171959321264">coursier quelle ardeur ! Où ton galop te porte-t-il, cheval superbe ? Où ton sabot ira-t-il s’abattre ? O maître puissant</div>
<div data-canvas-width="412.47807798102866">du destin, n’est-ce pas ainsi qu’au-dessus de l’abîme, tout en haut, sous le frein d’acier tu fis cabrer la Russie ?</div>
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<div data-canvas-width="732.5960795021705">       Le pauvre dément, devant le piédestal de l’idole, contemplait hagard le souverain de la moitié du globe. La poitrine</div>
<div data-canvas-width="752.0012949382264">oppressée, heurtant du front les barreaux, ses yeux fouillaient l’obscurité. Un froid circula dans ses veines, il frémit et d’un</div>
<div data-canvas-width="752.0012949382264">air tragique s’arrêta devant la hautaine idole. Grinçant des dents et le poing levé, comme en proie à son funeste</div>
<div data-canvas-width="102.3709439635217">ressentiment, il murmura d’une voix qui tremblait de fureur : « À nous deux, faiseur de prodiges, c’est moi qui&#8230; ». Et tout</div>
<div data-canvas-width="767.8812951071181">à coup il s’élança dans une fuite éperdue. Il lui avait semblé que le visage du terrible despote, enflammé de colère, s’était</div>
<div data-canvas-width="727.8773941050462">retourné lentement&#8230; Et de courir à travers la place déserte, entendant sur ses pas — ou serait-ce le bruit du tonnerre ?</div>
<div data-canvas-width="706.5610499384173">— un lourd galop qui martèle les pavés ébranlés.Sous un blême rayon de lune, allongeant le bras tout là-haut, le cavalier</div>
<div data-canvas-width="715.2200066701754">de bronze est à ses trousses dans une chevauchée retentissante. Et toute la nuit, où que l’insensé dirige ses pas, derrière</div>
<div data-canvas-width="715.2200066701754">lui, partout, le cavalier de bronze est là qui le poursuit de ses pesantes foulées.</div>
<div data-canvas-width="810.1182469570098">        À partir de ce jour, quand il devait traverser la place, un désarroi se peignait sur ses traits. Sa main se crispait sur sa</div>
<div data-canvas-width="691.8393078696472">poitrine comme pour étouffer un gémissement. D’un geste, il découvrait son front et, baissant humblement la tête,</div>
<div data-canvas-width="810.1029048738621">passait au large.</div>
<div data-canvas-width="810.1029048738621">      On voit près de la rive un îlot. Parfois, des pêcheurs attardés y viennent amarrer leurs filets et préparer un repas frugal ;</div>
<div data-canvas-width="761.7590190112519">ou bien, se promenant le dimanche en bateau, c’est un bureaucrate qui visite cette île solitaire. Pas un brin d’herbe n’y</div>
<div data-canvas-width="734.155585889728">pousse. L’inondation en se jouant fait échouer là une vieille chaumine. Elle restait sur l’eau comme un arbuste noirâtre.</div>
<div data-canvas-width="694.4834411894868">Au printemps, on l’emmena sur une barque. Elle était vide et toute démolie. Près du seuil on découvrit mon pauvre dément,</div>
<div data-canvas-width="694.4834411894868">et l’on enterra —loué soit Dieu — son cadavre à cet endroit même.</div>
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