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	<title>Littérature - Saint-Pétersbourg Voyage</title>
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		<title>Saint-Pétersbourg, une ville renaissante</title>
		<link>https://saint-petersbourg.voyage/saint-petersbourg-une-ville-renaissante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Bonnard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Oct 2015 07:54:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Katia Pecnik, auteur et photographe de renom, dresse un portrait magnifique de l&#8217;ancienne capitale des tsars suite à un long processus de restauration de son coeur historique classé à l&#8217;UNESCO, initié dans les années 2000, offrant aujourd&#8217;hui au monde entier une ville renaissante d&#8217;une splendeur incomparable. Des femmes filiformes couronnées de chapkas de vison blanc &#8230; <a href="https://saint-petersbourg.voyage/saint-petersbourg-une-ville-renaissante/" class="more-link">Continuer la lecture de <span class="screen-reader-text">Saint-Pétersbourg, une ville renaissante</span>  <span class="meta-nav">&#8594;</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Katia Pecnik, auteur et photographe de renom, dresse un portrait magnifique de l&rsquo;ancienne capitale des tsars suite à un long processus de restauration de son coeur historique classé à l&rsquo;UNESCO, initié dans les années 2000, offrant aujourd&rsquo;hui au monde entier une ville renaissante d&rsquo;une splendeur incomparable.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-1345"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Des femmes filiformes couronnées de chapkas de vison blanc trottinent dans la neige sur leurs talons aiguilles, zigzaguant entre les vastes avenues encadrées de solides immeubles néoclassiques. Les fantômes de Pouchkine, Dostoïevski, Pierre le Grand et de l&rsquo;inénarrable Catherine II flottent dans l&rsquo;air piquant. Saint-Pétersbourg, restaurée depuis 2003, a retrouvé son faste d&rsquo;antan. Pour le constater, il suffit de réserver bien en avance une visite privée (et fort coûteuse) au tout nouveau Musée Fabergé, appartenant au milliardaire Viktor Vekselberg. Il s&rsquo;est donné pour mission patriote de rassembler des trésors russes disséminés par les Bolcheviques.</p>
<p><img decoding="async" class="  wp-image-545 alignleft" src="http://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/07/spb_000014481984_Large-279x390.jpg" alt="spb_000014481984_Large" width="107" height="149" />Au sein de l&rsquo;exceptionnel palais Chouvalov, ruisselant de dorures baroques, douze œufs sertis de pierres précieuses, enduits d&rsquo;émaux fabuleux, cadeaux des tsars à leurs tsarines, brillent de mille feux aux côtés de centaines de pièces superbes du prestigieux joaillier. Tant de luxe laisse pantois. Mais la contemplation du passé n&rsquo;est pas le seul sport en activité. Le Musée de l&rsquo;Ermitage aligne bien ses kilomètres d&rsquo;incroyables galeries, mais le récent Musée d&rsquo;Art contemporain Erarta et ses quatre étages de collections rendent hommage aux artistes contemporains russes qui certes ne font pas l&rsquo;unanimité critique mais sont présentés de manière accessible, sans snobisme ni pose intellectuelle chers aux galeries européennes.</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;obsession de l&rsquo;art de vivre s&rsquo;est aussi fortement renforcée ces dernières années à Saint-Pétersbourg, avec une floraison de restaurants italiens, d&rsquo;établissements de « top chefs » habitués des shows télé, de cuisine de palaces&#8230; Le chef arménien Edouard Muradyan a ainsi conçu E.M., un resto discret dont la cuisine est ouverte sur la salle telle une scène. On le rencontre alors qu&rsquo;il observe fièrement ses bouteilles de vin naturel, évoque sa glace à l&rsquo;encre de seiche, un œil sur son compte Instagram.</p>
<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="  wp-image-1346 aligncenter" src="http://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/10/Erarta_Museum_and_Galleries_of_Contemporary_Art-581x390.jpg" alt="Erarta_Museum_and_Galleries_of_Contemporary_Art" width="265" height="178" /><br />
Un appétit décomplexé de création que l&rsquo;on retrouve dans la multitude d&rsquo;espaces inventifs, où talents musicaux, stylistes, artistes, ouvrent boutique, organisent des expos, lectures et concerts. Ainsi Taïga, un ancien palais avec vue sur la Neva, a été restauré par des dizaines de jeunes contre un loyer avantageux début 2011. Aujourd&rsquo;hui, trente organisations différentes occupent les pièces, entre opticien branché, vendeur de guitares, auberge de jeunesse, librairie arty, bar design&#8230; Les lieux Etagi, Tchaki, Arkhitektor, Pechatny Dvor, comptent parmi ces « multispaces » qui conjuguent l&rsquo;esprit Factory warholienne et la tendance « social network ».</p>
<p><img decoding="async" class="  alignleft wp-image-923" src="http://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/07/mikhailovsky-slider-4-585x390.jpg" alt="mikhailovsky-4" width="237" height="158" />Le soir, un ballet classique au Mariinsky ou au Mikhailovsky sera suivi d&rsquo;un cocktail dans le speakeasy chic au Big Liver, ou d&rsquo;un vin sophistiqué dans le nouveau bar Do Immigration. Puis un passage sous les cristaux et les boiseries du bar Xander au sein du flambant neuf Four Seasons Lion Palace vous plongera dans une ambiance précieuse et cossue. L&rsquo;hôtel de luxe qui a pris place dans l&rsquo;ancien palais restauré des Lobanov Rostovsky (mentionné dans un livre de Pouchkine), a créé l&rsquo;événement dans la ville. Tout en lui reflète le faste aristocratique : lustres, marbres, moulures baroques, spa grandiose sur quatre étages&#8230; Pour finir de vous convaincre de l&rsquo;excellence atteinte par Saint-Pétersbourg la magnifique.</p>
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		<title>« Le Cavalier de Bronze » d&#8217;Alexandre Pouchkine</title>
		<link>https://saint-petersbourg.voyage/le-cavalier-de-bronze-dalexandre-pouchkine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Bonnard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Aug 2015 02:58:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Blog]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ode d&#8217;Alexandre Pouchkine à Pierre le Grand, fondateur de la ville de Saint-Pétersbourg, Ce célèbre poème en l&#8217;honneur du premier tsar de la Russie démontre la toute puissance et le symbole de l&#8217;ancienne capitale des tsars. Description de l&#8217;ensemble architectural de la ville et de ses habitants après un centenaire d’existence. &#160; Préambule         Il &#8230; <a href="https://saint-petersbourg.voyage/le-cavalier-de-bronze-dalexandre-pouchkine/" class="more-link">Continuer la lecture de <span class="screen-reader-text">« Le Cavalier de Bronze » d&#8217;Alexandre Pouchkine</span>  <span class="meta-nav">&#8594;</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ode d&rsquo;Alexandre Pouchkine à Pierre le Grand, fondateur de la ville de Saint-Pétersbourg, Ce célèbre poème en l&rsquo;honneur du premier tsar de la Russie démontre la toute puissance et le symbole de l&rsquo;ancienne capitale des tsars. Description de l&rsquo;ensemble architectural de la ville et de ses habitants après un centenaire d’existence.</p>
<p><span id="more-1153"></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<h2>Préambule</h2>
<div id="pageContainer3" class="page" data-loaded="true" data-page-number="3">
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="717.3062744646945">        Il était là, debout sur le rivage d’une mer déserte et, plein de ses grandes pensées, il regardait au loin.</div>
<div data-canvas-width="690.6189874985965">À ses pieds, le fleuve roulait ses larges eaux que seule remontait péniblement une embarcation.</div>
<div data-canvas-width="267.43976247329186">Çà et là des chaumières, asiles du Finnois indigent, se dressaient noirâtres sur ces bords envahis par la</div>
<div data-canvas-width="267.43976247329186">mousse et la vase. Et la forêt impénétrable aux rayons d’un soleil voilé de brume étendait sa rumeur alentour.</div>
<div data-canvas-width="97.62416972575116">Il se disait : « D’ici, nous menacerons le Suédois. Une ville y sera bâtie malgré nos orgueilleux voisins.</div>
<div data-canvas-width="55.19949011058064">La nature a voulu qu’ici nous percions une fenêtre sur l’Europe et que nous demeurions le pied ferme au</div>
<div data-canvas-width="78.03604521130589">bord de la mer. Jusqu’ici, portés par ces flots qu’ils ne connaissaient point, tous les pavillons viendront nous</div>
<div data-canvas-width="455.30332685298066">rendre visite. Et l’on y pourra banqueter à l’aise. »</div>
<div data-canvas-width="25.215665007800773">      Il s’écoula cent ans et la cité nouvelle, émerveillement et prodige du pays des nuits blanches, issue des forêts</div>
<div data-canvas-width="774.9345038315721">obscures, des profondeurs du marécage, s’élève dans toute sa pompe et sa magnificence. Là même où jadis</div>
<div data-canvas-width="728.630150587902">le pêcheur finnois, triste rejeton de la nature, seul près de ces bords plats jetait son antique filet au sein des</div>
<div data-canvas-width="760.1864582324828">eaux inexplorées, c’est là qu’au long des quais animés se pressent aujourd’hui les nobles masses des palais et</div>
<div data-canvas-width="91.22004893521279">des tours. Les navires de tous les coins de la terre accourent en foule à ces riches bassins. La Néva s’est revêtue</div>
<div>de granit, les ponts enjambent les canaux, de verts jardins ombragent ses îles, et devant la nouvelle capitale,</div>
<div data-canvas-width="695.1906108223807">Moscou, l’ancienne s’est effacée comme une veuve en deuil devant la jeune souveraine.</div>
<div data-canvas-width="680.9816665541836">       Je t’aime, ô création du génie de Pierre, j’aime ton profil noble et sévère, le cours majestueux de la Néva,</div>
<div data-canvas-width="761.6653653015886">le granit des quais, les grilles de fer de tes jardins, le clair-obscur de tes nuits méditatives, cette lumineuse</div>
<div data-canvas-width="762.6181836587883">absence de lune, alors que dans ma chambre j’écris sans lampe et que les maisons endormies des avenues désertes</div>
<div data-canvas-width="775.3849899562622">sont visibles, et claire l’aiguille de l’Amirauté et que, répudiant toute ombre au ciel doré, le crépuscule du matin a</div>
<div data-canvas-width="92.17489479752807">vite fait de remplacer l’autre et n’accorde qu’une demi-heure à la nuit. J’aime l’air immobile et le gel de ton cruel</div>
<div data-canvas-width="76.6233668938493">hiver, les courses en traîneau le long de cette ample Néva, les joues des jeunes filles plus roses que les roses et le</div>
</div>
</div>
<div id="pageContainer4" class="page" data-loaded="true" data-page-number="4">
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="86.02699759344587">faste, la rumeur, le caquet de tels bals et, dans les dîners de garçons, le vin mousseux qui pétille dans les verres,</div>
<div data-canvas-width="810.1841446018526">et la flamme bleue du punch. J’aime la vive allure des para des militaires sur notre Champ de Mars, la monotone</div>
<div data-canvas-width="751.9980269709299">beauté des fantassins et de la cavalerie alignés. Par dessus tout ce beau déploiement, ondoient les haillons de</div>
<div data-canvas-width="729.374941360416">leurs drapeaux victorieux, rutilent les cimiers de cuivre que la mitraille a transpercés dans les combats. J’aime, ô</div>
<div data-canvas-width="766.4245422785145">capitale guerrière, la fumée et le tonnerre jaillis de tes forts quand la Souveraine du Pays des nuits blanches vient</div>
<div data-canvas-width="791.7370955227966">de donner un fils à la maison impériale, ou que la Russie de nouveau célèbre une victoire sur ses ennemis ou</div>
<div data-canvas-width="90.38271696816555">qu’achevant de rompre ses glaces azurées, la Néva les roule à la mer et, grosse du pressentiment des jours</div>
<div data-canvas-width="366.31489230040836">printaniers, tout entière exulte.</div>
<div>       Prodigue ta splendeur, cité de Pierre et sois inébranlable autant que la Russie. Les éléments vaincus sauront</div>
</div>
</div>
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="105.24751692503327">avec toi vivre en paix. Que les flots de la Finlande oublient l’hostilité d’un temps et leur antique servage : qu’ils</div>
<div data-canvas-width="185.62689603846408">n’aillent point dans leur rage inutile troubler ce rêve éternel de Pierre !</div>
<div data-canvas-width="56.619258503878285">       Il y eut des jours affreux dont le souvenir est de fraîche date&#8230; Pour vous, mes amis, c’est à partir de là que je</div>
<div data-canvas-width="677.7174952360601">commence mon histoire. Et triste en sera le récit.</div>
<h2><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-632 aligncenter" src="http://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/08/800px-AleksandrPushkin-315x390.jpg" alt="Alexandre Pouchkine" width="158" height="196" srcset="https://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/08/800px-AleksandrPushkin-315x390.jpg 315w, https://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/08/800px-AleksandrPushkin-538x667.jpg 538w, https://saint-petersbourg.voyage/wp-content/uploads/2015/08/800px-AleksandrPushkin.jpg 800w" sizes="auto, (max-width: 158px) 100vw, 158px" /></h2>
<h2 data-canvas-width="240.86993078665824">Première partie</h2>
<div data-canvas-width="800.1055601951866">       Novembre soufflait son froid automnal sur Pétrograd enténébrée ; la Néva comme un fiévreux qui se débat</div>
<div data-canvas-width="138.9594094698537">dans son lit ruait, éclaboussant avec fracas le bord de ses parapets. Il était déjà nuit close. La pluie avec rage</div>
<div data-canvas-width="622.3221206138628">fouettait les vitres et le vent ululait plaintif. Un jeune homme, à cette heure-là rentrait chez lui d’une soirée.</div>
<div data-canvas-width="794.8911743018771">     Eugène — ainsi appellerons-nous notre héros, ce prénom sonne agréablement et depuis longtemps ma plume</div>
<div data-canvas-width="36.20390086676231">l’a pris pour ainsi dire en amitié, peu nous importe son nom bien qu’il ait brillé peut-être à l’époque et sous la</div>
<div data-canvas-width="71.60812003382972">plume de Karamzine fait du bruit dans les annales de famille ; mais de nos jours il est oublié du monde et de la</div>
<div data-canvas-width="127.4476842035784">rumeur publique. Notre héros vit à Kolomna, remplissant je ne sais trop quelles fonctions, évite les notabilités,</div>
<div data-canvas-width="12.815799289536223">ne regrette ni sa chère défunte ni le bon vieux temps.</div>
<div data-canvas-width="747.6506009685016">      Or donc Eugène rentré chez lui, secoua son manteau, se dévêtit, se coucha. Mais de longtemps il ne put</div>
<div data-canvas-width="155.96682472195073">dormir, hanté par maintes réflexions. À quoi pensait Eugène ? Il se disait qu’il était pauvre, qu’il devait par le</div>
<div data-canvas-width="52.619379118361515">travail acquérir son indépendance et parvenir aux honneurs ; que Dieu aurait pu lui accorder plus de génie et</div>
</div>
<div id="pageContainer6" class="page" data-loaded="true" data-page-number="6">
<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="70.8193264846365">plus d’argent ; qu’il ne manque pas de désœuvrés à qui sourit la fortune, de sots et de paresseux menant une vie</div>
<div data-canvas-width="111.151027096921">tellement plus facile ! qu’en tout il comptait seulement deux années de carrière ; que le fleuve continuait de</div>
<div data-canvas-width="60.23152431799952">grossir, que presque tous les ponts de la Néva étaient emportés et qu’il serait deux ou trois jours séparé de Prascovie&#8230;</div>
<div data-canvas-width="692.5955942624286">       Ainsi songeait-il, et la mélancolie de cette nuit l’obsédait. Il eût voulu que le vent ne hurlât pas si lugubre et</div>
<div data-canvas-width="716.0925709489887">que la pluie aux carreaux ne cinglât pas si fort. À la fin ses yeux, pris de sommeil, se fermèrent. Et voici que les</div>
<div data-canvas-width="542.9062963943827">ténèbres de cette pluvieuse nuit se dissipent et qu’un jour blême va se lever. Jour effroyable !</div>
<div data-canvas-width="736.6709528034427">      Toute la nuit, à contre-vent, la Néva s’était ruée vers la mer, impuissante à surmonter l’aveugle fureur de la</div>
<div data-canvas-width="726.0969810487459">tempête&#8230; Sur ses bords, dans la matinée, le peuple accourut se pressant pour mieux voir les eaux rageuses</div>
<div data-canvas-width="795.0217294565095">rejaillir en énormes paquets d’écume. C’est alors que, harcelé par le vent qui soufflait du golfe et rebroussant</div>
<div data-canvas-width="766.6970872087152">chemin, le fleuve à l’étroit entre ses quais, submergea les îles et, dans une saute plus forte, la Néva gonflant ses</div>
<div data-canvas-width="734.601079295505">eaux comme une chaudière qui bout, se dressa d’un bond de fauve et sur la ville s’abattit&#8230; Et tout fut balayé</div>
<div data-canvas-width="700.7760146699944">alentour. Les eaux envahirent d’un seul coup les galetas souterrains, les canaux dégorgèrent entre les grilles</div>
<div data-canvas-width="147.42756292703734">du garde-fou. Et la cité de Pierre, tel un triton, resta plongée sous l’eau jusqu’à la ceinture.</div>
<div data-canvas-width="751.5625649544287">       Quel assaut ! Les vagues irritées, comme des voleurs, escaladent les fenêtres. Les barques en dérive</div>
<div data-canvas-width="746.200067421396">enfoncent les vitres de leur proue ; les jardinets engloutis se diluent, des pans de cabanes, des poutres, des</div>
<div data-canvas-width="767.8779424270565">toitures, tous les produits naguère accumulés en prévision de la disette, les ponts emportés par l’orage, les</div>
<div data-canvas-width="426.12652124831806">cercueils du cimetière bouleversé flottent par les rues.</div>
</div>
</div>
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<div class="textLayer">
<div data-canvas-width="674.2796975933707">       La foule, regardant passer la colère divine, attend son châtiment. Hélas ! tout est perdu : le gîte et la p</div>
<div data-canvas-width="266.0478414335168">âture. Où les retrouvera-t-on ?</div>
<div data-canvas-width="726.0193146318692">      En cette année terrible notre défunt tzar poursuivait encore son règne glorieux. Il vint sur le balcon du</div>
<div data-canvas-width="719.5008119950705">palais et murmura, triste et troublé : « Contre les éléments de Dieu, les empereurs ne peuvent rien. » Il s’assit,</div>
<div data-canvas-width="766.2376820830336">observant d’un regard préoccupé la sinistre dévastation. D’immenses lacs s’étaient formés où se déversaient</div>
<div data-canvas-width="48.61918908822025">les rues comme autant de larges rivières. Le palais ressemblait à quelque île déserte. Le tzar donnait ses ordres :</div>
<div data-canvas-width="768.8866109905299">d’un bout à l’autre des avenues proches et lointaines, s’ouvrant un chemin périlleux à travers les eaux déferlantes,</div>
<div data-canvas-width="116.22404028463004">ses généraux allaient porter secours aux habitants fous de terreur, courant le risque d’être noyés dans leurs maisons.</div>
<div>       Alors, sur la Place de Pierre, où s’élevait dans l’angle une maison neuve dont le perron était gardé par deux</div>
<div data-canvas-width="54.21137099845466">lions levant une patte, qu’on eût jurés vivants, grimpé sur un de ces fauves de marbre, immobile, tête nue et les</div>
<div data-canvas-width="96.42360244330722">bras croisés, Eugène était assis, le visage couvert d’une pâleur mortelle. Il avait peur, mais non pour lui, le</div>
<div data-canvas-width="745.3495391630815">malheureux. Insensible à la ruée du flot avide qui déjà lui léchait les pieds, à la pluie qui lui cinglait le visage, au vent,</div>
<div data-canvas-width="725.211896932354">qui, déchaîné, dans un hurlement lui avait tout à coup arraché son chapeau, les yeux perdus au loin, désespérément</div>
<div data-canvas-width="703.9100328803052">il regardait un point fixe. Pareilles à des montagnes issues de l’abîme en tourmente, les vagues, là-bas, déferlaient</div>
<div data-canvas-width="795.3154030813613">avec rage, la tempête hurlait, charriant des épaves&#8230; Mon Dieu, mon Dieu, là-bas hélas ! à côté du ressac, presqu’au</div>
<div data-canvas-width="794.9093181417076">bord même du golfe, une clôture en bois blanc avec un saule et une vieille maisonnette&#8230; C’était là que vivaient une</div>
<div data-canvas-width="697.7076187830355">veuve et sa fille, Prascovie, le rêve d’Eugène&#8230; Dort-il en ce moment ou toute notre vie n’est-elle qu’un vain songe,</div>
<div data-canvas-width="727.4514029742697">une dérision du sort, ici-bas ? Et lui, comme enchaîné là, comme rivé à ce marbre, ne pourra-t-il descendre ?</div>
<div data-canvas-width="785.5568858367617">Autour de lui, cette nappe d’eau — et rien de plus. Et lui tournant le dos, à une hauteur inaccessible au-dessus de</div>
<div data-canvas-width="667.33483507258">la Néva soulevée, se dresse, tendant le bras, l’idole sur son cheval de bronze.</div>
<div data-canvas-width="667.33483507258"></div>
</div>
</div>
<div id="pageContainer8" class="page" data-loaded="true" data-page-number="8">
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<h2 data-canvas-width="224.4441197081227">Seconde partie</h2>
<div data-canvas-width="118.55448340620758">         Or voici que rassasiée de destruction et lasse de sa violence effrénée, la Néva revient à elle émerveillée de sa</div>
<div data-canvas-width="55.831453341481286">révolte et cède peu à peu sa proie, tel un brigand avec sa bande féroce entre dans un village, dépouille, assassine,</div>
<div data-canvas-width="695.7384544785134">saccage et pille. Cris et grincements de dents, voies de fait, injures, alarmes, hurlements et, saouls de déprédations,</div>
<div data-canvas-width="104.61571310554316">craignant d’être poursuivis, harassés, les bandits retournent en hâte chez eux laissant tomber leur butin en chemin.</div>
<div data-canvas-width="694.2530204074085">        L’eau se retira, le pavé reparut. Notre Eugène, le cœur étreint par l’angoisse, plein d’espoir, de crainte et de</div>
<div data-canvas-width="754.9882899500042">tristesse, court vers le fleuve qui vient à peine de se calmer. Mais ivres encore de leur triomphe, les ondes</div>
<div data-canvas-width="794.920618152865">bouillonnaient furieusement comme si le feu couvait sous elles ; une écume les couvrait encore tel un cheval</div>
<div data-canvas-width="731.2406208416871">revenant de la bataille. Eugène regarde ; ses yeux découvrent une barque ; il y court, hèle le batelier — et le batelier</div>
<div data-canvas-width="327.66562084323647">qui chômait le conduit volontiers pour quelques liards à travers les terribles vagues.</div>
</div>
</div>
<div id="pageContainer9" class="page" data-loaded="true" data-page-number="9">
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<div data-canvas-width="739.6047588341704">       Longtemps, guidée par le rameur, l’embarcation lutte contre les flots orageux et, plus d’une fois, risque de</div>
<div data-canvas-width="729.5520149183471">sombrer dans l’abîme qu’ils entrouvrent. À la fin, elle atteint le rivage.</div>
<div data-canvas-width="714.097751174473">      L’infortuné, par une rue bien connue se dirige en courant vers un lieu non moins familier. Spectacle horrible : il</div>
<div data-canvas-width="763.0455080959745">n’en peut croire ses yeux. Tout est devant lui bouleversé, démoli, balayé. Des maisons informes s’affaissent, d’autres</div>
<div data-canvas-width="748.6105637648525">sont rasées complètement ou bien emportées par les vagues : alentour, comme sur un champ de bataille, gisent des</div>
<div data-canvas-width="696.9271039721685">cadavres. Eugène perdant la tête, pris d’une angoisse mortelle s’élance vers le lieu où son destin l’attend et doit</div>
<div data-canvas-width="420.26640076876134">comme sceller sa vie à tout jamais. Déjà il gagne le faubourg, voici le golfe, la maison est toute proche&#8230;</div>
<div data-canvas-width="420.26640076876134">Mais qu’est-ce que cela ?</div>
<div data-canvas-width="659.2115734027685">       Il s’arrête, retourne en arrière et revient. Il regarde&#8230;va&#8230; cherche encore des yeux. Voici l’endroit où s’élevait la</div>
<div data-canvas-width="729.4168784781892">maison. Voici le saule. Et la porte, elle était ici ; les vagues sans doute l’ont emportée. Où donc est la demeure ?</div>
<div data-canvas-width="510.89499488327067">Et saisi d’un trouble grandissant, il tourne et tourne en rond, se parle tout haut à lui-même et soudain, frappant de</div>
<div data-canvas-width="510.89499488327067">sa main son front, il éclate de rire.</div>
<div data-canvas-width="713.118814107521">      L’obscurité nocturne descendit sur la ville toute tremblante, mais de longtemps la population ne put s’endormir :</div>
<div data-canvas-width="709.6231341002157">on causait entre soi de la journée qui venait de s’écouler.</div>
<div data-canvas-width="699.0225541523416">     Le matin, hors de la traînée pâle des nuages, un rayon vint briller sur la paisible capitale où déjà il ne trouvait plus</div>
<div data-canvas-width="800.519874403423">trace du désastre de la veille. Une splendeur pourpre avait couvert ce deuil. La vie reprenait son cours ; par les rues</div>
<div data-canvas-width="793.9032639173562">déblayées, la population déambulait avec son in différence coutumière. Une armée de fonctionnaires abandonnant</div>
<div data-canvas-width="268.27560233671846">leur gîte d’une nuit se rendaient aux bureaux. Sans perdre un instant, le mercanti rouvrait boutique dans les</div>
<div data-canvas-width="770.5978316969956">sous-sols dévastés par la Néva, prêt à s’indemniser largement sur le prochain. On tirait les canots hors des cours.</div>
<div data-canvas-width="761.2404071070819">     Le comte Khvostov, poète chéri des Muses, déjà célébrait en vers immortels le malheur des riverains de la Néva.</div>
<div data-canvas-width="686.7609211728409">     Mais lui, mon pauvre Eugène, hélas ! Son esprit désemparé n’avait pu résister à la terrible secousse. La grondante</div>
<div data-canvas-width="737.6645874515675">rumeur de la Néva et du vent retentissait à ses oreilles. En proie à de funestes pensées, il s’était éloigné sans mot dire.</div>
<div data-canvas-width="709.0355164960229">Une semaine, un mois s’écoula sans qu’il eût regagné son logis. Dès que le terme échut, sa chambre vide fut louée par</div>
<div data-canvas-width="84.00372261510546">le logeur à quelque barbouilleur de vers. Eugène ne vint pas réclamer ses objets. Il était bientôt devenu étranger au</div>
<div data-canvas-width="741.3354702393159">monde réel. Tout le jour il errait à pied et couchait sur le bas-port ; il se nourrissait de ce qu’on lui tendait par les</div>
<div data-canvas-width="684.8164099985119">soupiraux. Les vieilles hardes sur son corps tombaient en haillons pourrissants. Les gamins des rues lui jetaient des</div>
<div data-canvas-width="91.6149818990814">pierres au passage. Plus d’une fois le fouet d’un cocher l’avait cinglé à toute volée parce qu’il ne tenait jamais sa droite ;</div>
<div data-canvas-width="91.6149818990814">il semblait du reste n’y prêter aucune attention. Le tumulte intérieur de ses pensées le rendait sourd. Et c’est ainsi que,</div>
<div data-canvas-width="128.63110839040996">ni homme ni bête, ni vivant ni mort, il achevait de traîner sa misérable existence.</div>
</div>
</div>
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<div data-canvas-width="743.0186886404689">       Une nuit, il dormait au bord de la Néva. Les jours d’été penchaient vers l’automne. Un vent lugubre soufflait.</div>
<div data-canvas-width="741.6977291047453">De noirs paquets d’eau s’abattaient sur le bas-port dans un éclaboussement d’écume, au long des marches glissantes&#8230;</div>
<div data-canvas-width="739.6140952369631">Le pauvre hère ouvrit les yeux. Tout était sombre : la pluie tombait goutte à goutte parmi les râles étouffés du vent</div>
<div data-canvas-width="714.2993384727473">auxquels, par instants, répondaient les appels lointains d’un veilleur de nuit. Eugène d’un saut fut debout : il se rappelait</div>
<div data-canvas-width="661.2636999303819">trop bien les angoisses récentes ; il reprit son vagabondage et soudain s’arrêta. Longtemps il promena son regard</div>
<div data-canvas-width="679.3046353092365">alentour avec une expression d’effroi sur son visage. Il se trouvait alors sous le péristyle d’une grande maison. Des lions,</div>
<div data-canvas-width="237.6232015388174">la patte levée, qui paraissaient vivants, montaient la garde sur le perron. Et, juste en face, là-haut dans le noir, le géant</div>
<div data-canvas-width="237.6232015388174">trônait sur son cheval de bronze.</div>
<div data-canvas-width="704.4614252462025">      Eugène eut un frisson. Les idées se précisaient en lui sous un jour terrible. Il revoyait la scène où le déluge avait eu</div>
<div data-canvas-width="742.8219466132299">lieu, où les ondes ameutées se pressaient comme pour l’engloutir, les lions et la place et celui dont le chef d’airain</div>
<div data-canvas-width="732.7416880529494">s’érigeait immobile dans les ténèbres et dont la volonté fatale avait créé cette ville sur la mer. Terrible est son aspect à</div>
<div data-canvas-width="745.7720620241682">travers l’ombre qui l’environne. Sous l’ample front quelle pensée, et quelle force ramassée en ses membres, et dans son</div>
<div data-canvas-width="810.2171959321264">coursier quelle ardeur ! Où ton galop te porte-t-il, cheval superbe ? Où ton sabot ira-t-il s’abattre ? O maître puissant</div>
<div data-canvas-width="412.47807798102866">du destin, n’est-ce pas ainsi qu’au-dessus de l’abîme, tout en haut, sous le frein d’acier tu fis cabrer la Russie ?</div>
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<div data-canvas-width="732.5960795021705">       Le pauvre dément, devant le piédestal de l’idole, contemplait hagard le souverain de la moitié du globe. La poitrine</div>
<div data-canvas-width="752.0012949382264">oppressée, heurtant du front les barreaux, ses yeux fouillaient l’obscurité. Un froid circula dans ses veines, il frémit et d’un</div>
<div data-canvas-width="752.0012949382264">air tragique s’arrêta devant la hautaine idole. Grinçant des dents et le poing levé, comme en proie à son funeste</div>
<div data-canvas-width="102.3709439635217">ressentiment, il murmura d’une voix qui tremblait de fureur : « À nous deux, faiseur de prodiges, c’est moi qui&#8230; ». Et tout</div>
<div data-canvas-width="767.8812951071181">à coup il s’élança dans une fuite éperdue. Il lui avait semblé que le visage du terrible despote, enflammé de colère, s’était</div>
<div data-canvas-width="727.8773941050462">retourné lentement&#8230; Et de courir à travers la place déserte, entendant sur ses pas — ou serait-ce le bruit du tonnerre ?</div>
<div data-canvas-width="706.5610499384173">— un lourd galop qui martèle les pavés ébranlés.Sous un blême rayon de lune, allongeant le bras tout là-haut, le cavalier</div>
<div data-canvas-width="715.2200066701754">de bronze est à ses trousses dans une chevauchée retentissante. Et toute la nuit, où que l’insensé dirige ses pas, derrière</div>
<div data-canvas-width="715.2200066701754">lui, partout, le cavalier de bronze est là qui le poursuit de ses pesantes foulées.</div>
<div data-canvas-width="810.1182469570098">        À partir de ce jour, quand il devait traverser la place, un désarroi se peignait sur ses traits. Sa main se crispait sur sa</div>
<div data-canvas-width="691.8393078696472">poitrine comme pour étouffer un gémissement. D’un geste, il découvrait son front et, baissant humblement la tête,</div>
<div data-canvas-width="810.1029048738621">passait au large.</div>
<div data-canvas-width="810.1029048738621">      On voit près de la rive un îlot. Parfois, des pêcheurs attardés y viennent amarrer leurs filets et préparer un repas frugal ;</div>
<div data-canvas-width="761.7590190112519">ou bien, se promenant le dimanche en bateau, c’est un bureaucrate qui visite cette île solitaire. Pas un brin d’herbe n’y</div>
<div data-canvas-width="734.155585889728">pousse. L’inondation en se jouant fait échouer là une vieille chaumine. Elle restait sur l’eau comme un arbuste noirâtre.</div>
<div data-canvas-width="694.4834411894868">Au printemps, on l’emmena sur une barque. Elle était vide et toute démolie. Près du seuil on découvrit mon pauvre dément,</div>
<div data-canvas-width="694.4834411894868">et l’on enterra —loué soit Dieu — son cadavre à cet endroit même.</div>
</div>
</div>
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<p>The post <a href="https://saint-petersbourg.voyage/le-cavalier-de-bronze-dalexandre-pouchkine/">« Le Cavalier de Bronze » d&rsquo;Alexandre Pouchkine</a> appeared first on <a href="https://saint-petersbourg.voyage">Saint-Pétersbourg Voyage</a>.</p>
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